Avion de type jet d'affaires en approche basse altitude au-dessus d'une route

Dual engine flameout en vol : comment réagir comme NetJets ?

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Imaginez être en finale sur un aéroport de déroutement, faible carburant, alarmes dans tous les sens — et les deux moteurs qui s'éteignent à quelques centaines de pieds du sol. C'est exactement ce qu'ont vécu les pilotes du vol NetJets le 16 juin 2025, à l'approche de Laredo, au Texas. L'analyse préliminaire du NTSB offre une leçon rare sur la gestion d'une double panne moteur en vol.

Ce que révèle le rapport préliminaire du NTSB

L'appareil, un Citation Latitude de NetJets, effectuait un vol depuis Los Cabos au Mexique en direction d'Austin, au Texas. Dès le début du vol, l'équipage a détecté des vibrations basse fréquence accompagnées d'un bourdonnement inhabituel. Une alerte de l'ordinateur de données air est apparue peu après, puis s'est effacée une fois la checklist applicable complétée.

Proche de la frontière américano-mexicaine, la situation s'est dégradée rapidement. Des alertes de basse pression dans le système carburant droit ont déclenché une cascade d'avertissements : électricité, chauffage du pare-brise, niveau carburant. L'équipage a déclaré l'urgence et s'est dérouté sur Laredo.

En finale, le moteur droit s'est éteint. Quelques secondes plus tard, le moteur gauche a suivi. L'avion s'est posé sur la voie rapide Bob Bullock Loop, à environ un mile au sud-est de l'aéroport, percutant des candélabres et un véhicule en mouvement. Un passager a perdu la vie, un pilote a été grièvement blessé, cinq autres personnes ont subi des blessures légères.

Lire la cascade d'alarmes avant qu'elle ne dégénère

Ce cas illustre un mécanisme bien connu en gestion des menaces et erreurs : la normalisation des signaux faibles. Les vibrations initiales, discutées avec les opérations et la maintenance, n'ont pas interrompu le vol. La première alerte s'est effacée après checklist. La dynamique opérationnelle a favorisé la poursuite.

Pourtant, chaque signal constituait un indice. Une vibration anormale sur turbomoteur mérite une attention soutenue, même sans alerte active. Les défaillances mécaniques documentées par le NTSB — tube carburant fracturé, colliers de fixation cassés, arbre du démarreur-générateur plié, soufflante de refroidissement détruite — suggèrent une dégradation progressive, pas une défaillance soudaine.

La leçon est directe : dans un environnement multi-alarmes, hiérarchiser le traitement selon l'impact opérationnel immédiat. Une alerte carburant en phase de descente doit passer en priorité absolue sur tout le reste.

Double flamout : les réflexes qui sauvent

Une extinction simultanée des deux moteurs — dual engine flameout — est une urgence sans marge d'erreur. Sur turbopropulseurs ou jets légers, la procédure standard implique d'abord de stabiliser la trajectoire en vitesse de plané optimale, puis de tenter un rallumage moteur dans la fenêtre d'altitude disponible.

La plupart des manuels de vol définissent une enveloppe de redémarrage en vol (altitude minimale, plage de vitesse, conditions de pression et température). Sur un Citation Latitude, comme sur la majorité des jets d'affaires, cette enveloppe est précise et non négociable. En dessous d'une certaine altitude, la tentative de rallumage n'est plus prioritaire : c'est la gestion de l'atterrissage forcé qui prime.

Si le redémarrage échoue ou n'est pas possible, l'objectif devient la sélection du meilleur terrain disponible dans l'axe. Une route rectiligne à circulation modérée — comme une voie rapide — peut constituer un choix réaliste, à condition d'identifier les obstacles (ponts, candélabres, fils) le plus tôt possible.

Ce que ça change pour votre gestion du carburant

Même sur des appareils légers mono ou bimoteurs, ce cas rappelle une vérité fondamentale : le carburant est la seule ressource non récupérable en vol. Une pression anormale dans le circuit carburant, même intermittente, impose une décision immédiate — déroutement, atterrissage de précaution — pas une discussion.

En France, les procédures d'urgence carburant sont encadrées par les manuels de vol certifiés et les recommandations du BEA. La déclaration de MAYDAY doit intervenir dès que la situation compromet la sécurité du vol, sans attendre la confirmation d'une panne totale.

L'anticipation du déroutement — choix du terrain alternatif, calcul des distances, briefing de l'équipage ou autoannonce — doit précéder la dégradation critique. Attendre la dernière alarme, c'est réduire les marges de décision à zéro.

Ce que l'enquête n'a pas encore tranché

Le NTSB n'a pas encore déterminé la cause probable de l'accident. L'enquête se poursuit sur les composants envoyés en laboratoire, ainsi que sur les données du CVR et du FDR. Les conclusions définitives pourraient apporter des éclairages sur la relation entre les vibrations initiales et la défaillance mécanique documentée en post-accident.

Il serait prématuré de tirer des conclusions définitives sur la chaîne causale. En revanche, les faits établis dans le rapport préliminaire suffisent à poser des questions opérationnelles légitimes sur la gestion des signaux précurseurs.

Ce cas restera une référence pour la formation CRM et la gestion des urgences sur jets d'affaires. Quelle que soit la conclusion finale du NTSB, la séquence des événements — de la vibration initiale au double flameout en finale — constitue un scénario d'entraînement que tout pilote professionnel devrait analyser.

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